Qui n’a jamais entendu parler de la célèbre série Uchuu Keiji Gavan, diffusée en France sous le nom de X-OR ? Cette série, qui date déjà de 1982, a révélé l’acteur et cascadeur de la célèbre école J.A.C. (Japan Action Club), Kenji Ōba. Celui-ci a bien voulu répondre à quelques questions pour le fanzine SOKO. 
 
SOKO Fanzine : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ? 
 
Kenji Ōba : Je me nomme Kenji Takahashi de mon vrai nom. À l’âge de 16 ans, je suis entré au Japan Action Club (JAC), école créée par le célèbre Shin’ichi Chiba (Sonny Chiba). Je fais partie de la deuxième vague qui débuta au tout début de la création de la société, avec des gens comme Junichi Haruta (Goggle Black, Dyna Black ou encore Mad Gallan). J’avais à peine 17 ans lorsque je fus pris pour mes premiers rôles. 
 
SOKO Fanzine : Justement, quels furent vos débuts ? 
 
Kenji Ōba : À cette époque, je jouais plutôt des rôles muets, de la figuration en fait. J’ai également fait énormément de rôles costumés. Pour les séries Kamen Rider et Goranger, les scènes d’action étaient réalisées par une société qui se nommait l’Ōno Kenyūkai (Ōno Kenyūkai, « Ōno Kendo Club », est un groupe japonais spécialisé notamment dans les combats à l’épée). 
 
La plupart des scènes costumées étaient réalisées par ces personnes-là, mais, au fur et à mesure des nouvelles séries ainsi que des cadences de tournage, cette société se trouva rapidement au maximum de ses capacités. C’est alors que la JAC fut contactée pour suppléer l’Ōno Kenyūkai. La JAC était la seule société de cascades déjà rodée. 
 
De plus, le nom de Sonny Chiba commençait à être sérieusement connu par le biais de films d’action et de séries télévisées comme Key Hunter, où j’avais déjà joué quelques rôles de figuration. De ce fait, Junichi Haruta et moi-même nous sommes retrouvés comme cascadeurs sur la série Kamen Rider. Nous étions surtout chargés d’effectuer les scènes de sauts au trampoline ainsi que les scènes de saut dans le vide. 
 
À l’époque de Goranger, le passage de témoin se fit et, à partir de la série J.A.K.Q. Dengekitai (Jacker), la JAC resta seule pour tout ce qui concernait les scènes d’action. 
 
SOKO Fanzine : Quelle fut votre contribution dans la série Himitsu Sentai Goranger ? 
 
Kenji Ōba : Eh bien, je revêtis plusieurs fois le costume de Red Ranger, puis celui de quelques créatures. Je n’apparus pas à visage découvert à cette époque-là. 
 
SOKO Fanzine : Ce sera pour J.A.K.Q. Dengekitai (Jacker), n’est-ce pas ? 
 
Kenji Ōba : En effet, je jouais le rôle du frère d’Etsuko Shihomi, autre vétérane de la JAC. 
 
SOKO Fanzine : Cela signifiera le début de l’âge d’or de la JAC ? 
 
Kenji Ōba : Oui, à ce moment-là, le nom de la JAC commence à être très connu. On participait quasiment à toutes les séries de la Toei et, de temps en temps, à celles de P-Productions, ou plus rarement à celles de Tsuburaya Productions. 
 
SOKO Fanzine : Une série extrêmement connue et appréciée en France est Uchuu Kara no Message: Ginga Taisen (San Ku Kaï). On vous voit y faire une très brève apparition. 
 
Kenji Ōba : En effet, je meurs rapidement. En fait, je participais aux scènes d’action. La personne qui jouait Ryū, Akira Oda, n’était pas du tout douée pour les arts martiaux. J’ai donc joué le rôle de Boshi Nagare (Starros) pour les scènes d’action, rôle également interprété par Tsutomu Kitagawa. 
 
Le rôle de Maboroshi (le Fantôme) était généralement interprété par Hiroyuki Sanada lui-même, et par Junichi Haruta lorsque Hiroyuki Sanada était indisponible ou que les scènes se tournaient en même temps dans des endroits différents. 
 
SOKO Fanzine : En 1979, il y a tout juste 20 ans, vous vous êtes retrouvé en tête d’affiche dans le rôle de Battle Kenya, Shirō Akebono, dans la série Battle Fever J. 
 
Kenji Ōba : En effet, le rôle de Battle Kenya était censé être assez physique et je me suis retrouvé à interpréter l’un des cinq personnages principaux de la série Battle Fever J. 
 
SOKO Fanzine : Vous n’étiez pas trop anxieux ? 
 
Kenji Ōba : En fait, la JAC ne formait pas les gens uniquement aux cascades. Nous avions tous une formation d’acteur, de danseur et de mime. Bref, une formation assez complète. 
 
SOKO Fanzine : Vous avez alors 24 ans et votre carrière démarre en flèche. 
 
Kenji Ōba : Effectivement, dans la série Battle Fever J, j’ai eu beaucoup de succès. 
 
SOKO Fanzine : Vous enchaînez directement l’année suivante avec la série Denshi Sentai Denziman, puis, en 1982, avec la série Uchuu Keiji Gavan (X-OR). 
 
Kenji Ōba : C’est vrai que je n’eus pas énormément de vacances au début des années 80, mais je n’étais pas au bord de l’épuisement non plus. Je suis très fier d’avoir interprété le rôle de Retsu, et d’autant plus fier qu’il reste encore très apprécié ici et ailleurs. Je pense que la série Gavan a ouvert une voie nouvelle et un nouveau genre, comme le firent les héros d’Ishinomori à l’époque, ou les Sentai à partir de 1979. 
 
SOKO Fanzine : Avez-vous revêtu l’armure de Gavan ? 
 
Kenji Ōba : Quasiment pas. En fait, nous tournions les scènes d’action et les scènes normales en même temps, et souvent à des kilomètres de distance. Je l’ai revêtue à quelques occasions, mais jamais très longtemps. La seule fois où j’ai revêtu l’armure et interprété les scènes d’action fut dans le dernier épisode, car les scènes furent tournées au même moment et au même endroit. 
 
SOKO Fanzine : Qu’avez-vous fait par la suite ? 
 
Kenji Ōba : À cette époque, je fus très sollicité. J’apparus l’année suivante aux côtés d’Hiroshi Watari dans la série Uchuu Keiji Sharivan, mais j’interprétai de nombreux personnages et fis également de la scène avec mes camarades de la JAC. Entre 1983 et 1985, j’ai tourné dans des séries télévisées de ninjas, comme Kage no Gundan II (Shadow Warriors II), aux côtés de Hiroyuki Sanada, Sonny Chiba, Hikaru Kurosaki et Etsuko Shihomi. 
 
SOKO Fanzine : Vous interprétiez un ninja chauve, n’est-ce pas ? 
 
Kenji Ōba : J’avais déjà interprété un personnage chauve en 1984, dans l’adaptation d’un manga appelé Kotaro, Makaritoru! 
 
SOKO Fanzine : Cela ne vous a pas dérangé de vous raser le crâne ? 
 
Kenji Ōba : Non, le rôle étant ainsi, il n’y avait pas de problème. 
 
SOKO Fanzine : En 1987, on vous voit dans l’une de vos dernières apparitions, dans un épisode de Metalder. 
 
Kenji Ōba : À cette époque, ma famille a connu de graves problèmes de santé. Je dus quitter le métier et retourner dans ma région natale, à Matsuyama, pour m’occuper d’elle. En revanche, si je ne suis plus actif à la JAC, je ne l’ai jamais réellement quittée. Je fis encore une apparition dans un épisode de la série Sekai Ninja Sen Jiraiya (Giraya), et enfin une dernière apparition dans l’épisode spécial de Kamen Rider ZO. 
 
SOKO Fanzine : Mais que faites-vous maintenant ? 
 
Kenji Ōba : Comme je vous l’ai dit, je travaille maintenant dans une société qui s’occupe de faire des shows et des spectacles. J’ai également formé un ou deux élèves. D’ailleurs, un de mes élèves du nom de Takechi travaille à la JAC. Il fut la doublure de OhGreen dans la série Chōriki Sentai Ohranger pour les scènes costumées. 
 
SOKO Fanzine : Comment se porte la JAC actuellement ? 
 
Kenji Ōba : Vous savez, les temps sont durs pour tout le monde. La JAC n’échappe pas à cet état de fait. La JAC s’est écroulée vers les années 1987-1988, car elle était devenue trop grosse, trop nombreuse et trop chère à gérer. Aujourd’hui encore, la JAC compte plus de 150 personnes et est donc très coûteuse. 
 
La concurrence d’autres sociétés, dont la Toei Academy ou encore le Kurata Action Club (N.D.R. : Yasuaki Kurata a joué dans de nombreux films à Hong Kong et son école est réputée pour sa qualité), le Nibori Red Action Club (N.D.R. : Kazuo Niibori a interprété les Red de Battle Fever J à Jetman), entre autres, est très dure et très sévère. 
 
SOKO Fanzine : Il faut dire qu’il n’y a plus de grands noms comme Chiba, Sanada, Shihomi, etc., pour rassurer les producteurs, non ? 
 
Kenji Ōba : Il est vrai qu’avec le départ de Chiba et des autres, plus la combinaison des éléments cités plus haut, le sort de la JAC devenait plus précaire. 
 
SOKO Fanzine : Ne pensez-vous pas non plus que les séries live d’aujourd’hui sont davantage des vitrines promotionnelles pour de jeunes talents et que le côté action a disparu ? 
 
Kenji Ōba : En effet, c’est bien possible. 
 
SOKO Fanzine : Viendrez-vous à Toulon pour l’édition du Cartoonist 2001 ? 
 
Kenji Ōba : Je dois m’organiser au niveau du travail et de mes obligations familiales, mais pourquoi pas. 
 
SOKO Fanzine : Vous aviez dit lors d’une interview avoir été reconnu par des enfants lors d’un voyage en France. Est-ce vrai ? 
 
Kenji Ōba : C’est vrai, en effet, et j’avoue en être encore surpris aujourd’hui. 
 
SOKO Fanzine : Saviez-vous que, lors de la diffusion de Gavan (X-OR) en France, la société automobile Suzuki s’est mise à vendre le modèle de Jeep que vous conduisiez dans la série ? 
 
Kenji Ōba : Ah ? Non, je ne savais pas. (Rires) 
 
SOKO Fanzine : Une raison de plus pour que vous veniez nous voir l’année prochaine, donc. 
 
Kenji Ōba : (Rires) 
 
SOKO Fanzine : Merci encore pour cet entretien. 
 
Kenji Ōba : Merci à vous. 
 
Interview réalisée par Pierre Giner — Source : SOKO Fanzine n°6, juin 2000.