En 1983, Récré A2 intègre dans son émission un nouveau genre de séries : le Tokusatsu. Le premier connu à ce titre est Spectreman. Quelques années plus tard, venu du fond de l’espace, la Terre a besoin d’un nouveau défenseur. Son nom : Gordan, plus connu sous le nom de X-OR.

Le Festival Cartoonist a pour vocation de défendre l’animation internationale. Cependant, cette année, les séries live japonaises étaient de la partie avec trois acteurs : Spectreman, X-OR et Sharivan/Spielvan. À défaut de se transformer en un cinquième de seconde sous nos yeux, Kenji Ōba, alias X-OR (Gavan en VO), a accepté de répondre à quelques questions.


AnimeLand : Comment avez-vous commencé votre carrière d’acteur ?

Kenji Ōba : Je suis entré à la JAC (Japan Action Club) à l’âge de 16 ans sous la direction de la star internationale Shin’ichi Chiba (Sonny Chiba). À cette époque, je ne pensais pas devenir acteur : mon entrée à la JAC me destinait à être cascadeur. Quand les séries de Sentai ont commencé, j’ai d’abord joué les monstres en costume. J’ai ensuite doublé d’autres héros de séries, comme dans Kikaider. Petit à petit, j’ai interprété des rôles à visage découvert, dans les tout premiers Sentai comme Battle Fever J. L’année suivante, j’ai travaillé sur la série Denziman. Les producteurs de ces deux séries étaient également les futurs producteurs de X-OR. Ils se sont donc tournés vers moi.

AnimeLand : Vous rendez-vous compte de l’impact de X-OR en France ?

Kenji Ōba : Il y a quinze ans, lorsque je suis venu en France, une jeune Japonaise se promenait avec sa mère et m’avait reconnu. J’ai demandé à sa mère si elle lui avait montré des cassettes vidéo et elle m’expliqua que la série X-OR passait à ce moment-là à la télévision sur une chaîne française. En dehors de cet événement, je n’avais pas prêté davantage attention au fait que la série ait été diffusée en France.

AnimeLand: Quelles étaient les difficultés lors du tournage des épisodes ?

Kenji Ōba: Le tournage était très bien organisé, même si le rythme était infernal. La difficulté était que je réalisais moi-même certaines cascades, même si j’avais une doublure pour les plus dangereuses. 
 
Durant le tournage de cette série, j’ai failli mourir à plusieurs reprises. L’un des accidents s’est produit pendant une répétition. Je m’exerçais à des sauts périlleux à partir d’un trampoline quand, pendant une figure, j’ai eu un mauvais réflexe et je suis retombé sur la nuque. L’équipe me connaissait comme un bon cascadeur et, me voyant au sol sans me relever, tous croyaient que je leur faisais une blague, alors que je ne pouvais plus faire un mouvement ni même parler.

AnimeLand : En dehors de X-OR, avez-vous travaillé sur d’autres films ?

Kenji Ōba : Après X-OR, j’ai travaillé pour la Toei, qui adaptait beaucoup de mangas d’arts martiaux. Le ton de ces productions mélangeait le drame, la comédie et les combats martiaux. J’ai également travaillé sur le feuilleton Kage no Gundan, très célèbre au Japon. Pour le rôle du ninja que j’interprétais, j’avais le crâne rasé.

AnimeLand : Quels rôles vous ont le plus marqué ?  

Kenji Ōba : Je me suis donné du mal pour chaque rôle que j’ai interprété, donc je n’ai pas de réelle préférence, mais je reconnais que X-OR a été le plus marquant. X-OR se bat contre une petite association de malfaiteurs (rires). Il vient tout spécialement de l’espace pour assurer seul la défense de la Terre. C’est une lourde responsabilité. Pour cela, il a besoin d’aimer tout ce qui l’entoure. 
 
Dans le générique japonais, il y a une phrase que j’apprécie : « Un jour, je deviendrai un homme qui trouvera une fleur sans nom. » Pour explorer la vie, il faut du courage. X-OR est un excellent message pour les enfants, qui doivent devenir des hommes courageux et gentils… 


AnimeLand :
Que faites-vous actuellement ?

Kenji Ōba : Je m’occupe essentiellement du management et de l’entraînement d’une troupe de cascadeurs qui participe à des spectacles live à travers le Japon, notamment au Kōrakuen.

AnimeLand : Que pensez-vous des séries live actuelles ?

Kenji Ōba : Depuis 25 ans, ce sont les mêmes équipes qui travaillent sur ces séries. Mais je trouve qu’il y a beaucoup trop d’images de synthèse aujourd’hui. À mon époque, quand on voulait faire quelque chose, on imaginait d’abord la scène. On faisait énormément appel à notre imagination et à notre passion. Aujourd’hui, ils sont derrière leurs ordinateurs. En travaillant aussi calmement et sans pression, le résultat est que les séries ont moins de mordant.

AnimeLand : Avez-vous un message pour les lecteurs d’AnimeLand ?

Kenji Ōba : Les rêves ne sont pas une chose que l’on voit, mais quelque chose que l’on doit attraper. Quelles que soient les difficultés rencontrées, il faut tout faire pour réaliser ses rêves.


UN PEU DE CHRONOLOGIE…

Selon Kenji Ōba, Kamen Rider est la première série à avoir posé les bases du genre. Au Japon, Spectreman arrive après Ultraman. Trois mois plus tard, d’autres séries sont diffusées : c’est l’âge d’or des super-héros, les transformations étant alors très à la mode. 
 
Chamboulement dans la grille des programmes télévisés japonais : le vendredi à 19 h 30, c’est la Golden Hour. D’ordinaire, seuls des programmes destinés aux filles sont diffusés. X-OR va changer la donne et connaître un énorme succès.


Au milieu de ces séries live, un OVNI débarque à la fin des années 70, surfant sur la vague du succès de Star Wars : San Ku Kaï. Kenji Ōba, apparu à quelques reprises sous le costume de Staros pour le doublage des cascades, se souvient des contraintes du rôle : « Je passais beaucoup de temps à observer les mouvements de bouche et de bras de l’acteur qui jouait habituellement Staros : dans le costume, on ne voyait que le bas de mon visage. »


Le Fantôme de
San-Ku-Kaï était joué par Hiroyuki Sanada, qu'on a pu voir récemment dans les salles (Ring, Le Dernier Samouraï, Wolverine : Le Combat de l’immortel ou encore dans la série LOST). Mais cette destinée reste rare: Hiroyuki Sanada, qui s'entraîne depuis l'âge de 4 ans, est entré dans la JAC (Japan Action Club) alors qu'il n'était encore que collégien. La plupart du temps, les acteurs de série live poursuivent leur carrière dans des feuilletons dramatiques, généralement assez larmoyants. 

Pour sa part, Kenji Ōba ne veut participer qu'à des séries d'action: "si je suis encore capable de jouer à 60 ou 70 ans, pas de problèmes !" Kenji Ōba a tenu à rappeler l'importance de la JAC au Japon, créé afin de former des acteurs-cascadeurs. Il fut l’un des premiers à y entrer, et l'a représentée avec fierté durant un an sur le tournage de X-OR.

En effet, les acteurs des séries live sont de véritables sportifs, à l'image du pionnier
Tetsuo Narikawa. Le rôle de Spectreman lui a été attribué très subitement, un autre acteur étant initialement prévu pour le pilote de la série. En tant que sportif de haut niveau, Tetsuo Narikawa a donc eu du mal à faire un choix entre ses deux carrières. Autant dire qu'il a compilé les deux, puisqu'il a créé en 1983 sa propre école de karaté, à vocation internationale. Les acteurs de la JAC s’influencent mutuellement : il règne une grande notion d’honneur au sein du club. Hiroshi Watari, alias Sharivan, se considère comme le disciple de Kenji Ōba, lequel voue encore aujourd’hui le plus profond respect à son propre maître, Sonny Chiba.


Interview : Daniel Andreyev, Walo et Greg — AnimeLand n°72, juin 2001 
Chronologie : Julie Bordenave